09.12.2007
Histoire de Rebeyne : la Commune Lyonnaise de 1871
Quarante-ans après la révolte des canuts en novembre 1831, la révolte gronde toujours dans la Capitale des Gaules. Le souvenir des grandes Rebeynes (Rébellion : en lyonnais) de 1830,1831, 1848 et 1849 reste toujours vivace dans l’esprit des lyonnais. Pour éviter de nouveaux soulèvements, l’Etat français a conduit une politique de grands travaux sous l’autorité du préfet Vaïsse. Le paysage urbain de Lyon a donc changé, la Presqu’île s’ordonne désormais le long de deux grandes voies parallèles reliant la place Bellecour aux pentes de la Croix-Rousse. Le quartier des Cordeliers, lieu qui avait abrité l’état-major de l’insurrection de 1834, est réaménagé avec la construction du Palais du Commerce qui abrite la Bourse. Ces changements ont favorisé l’essor du secteur banquier et des affaires.
La ville de Lyon est coupée en deux : un centre riche, de consommation de luxe, entouré de faubourgs (Croix-Rousse, Vaise, l’extrême Presqu’île, Sud de la Guillotière) où un le peuple laborieux mène une existence médiocre et souvent aléatoire.
Le visage urbain révolutionnaire a changé aussi, le quartier de la Guillotière est devenu le nouveau centre révolutionnaire, supplantant la Croix-Rousse, ancienne colline des insurrections. Le déclin de la soierie entraîne un dépeuplement du plateau de la Croix-rousse, les métiers du tissage migrant vers les campagnes. La Guillotière, le quartier de « la lie de la population » comme disait un préfet, accueille les différents mouvements révolutionnaires, dont le plus important est l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T). L’A.I.T est un mélange du courant coopérateur lié à la tradition ouvrière croix-roussienne et celui des républicains radicaux révolutionnaires (le mécanicien Adrien Schettel de la Guillotière).
La base militante est formée de tisseurs, de métallurgistes et de mécaniciens.
« Cette convention appuyée par le peuple entier sauvera la France. » (Déclaration du 26
septembre 1870)
Les révolutionnes sont animées par un état d’esprit socialiste et patriotique, la « bourgeoisie » est perçue avant tout comme une « classe » cosmopolite et profiteuse des richesses des ouvriers. Un patriotisme qui porte les insurgés français et lyonnais, comme le prouve la déclaration du 26 septembre 1870 cosignée par Michel Bakounine (exilé russe anarchiste) pour Lyon, c’est d’abord pour sauver le pays du « bord de l'abîme » et pour le « salut de la
France » que les insurgés prennent les « armes ».
L’année 1869 est marquée à Lyon par de nombreuses grèves (métallurgistes, mécaniciens, tisseurs, ouvriers) et luttes sociales. Malgré la loi de 1864 dépénalisant la grève, la police se montre active dans la répression au nom de l’ « ordre public ». Les tribunaux distribuent généreusement amendes et mois de prison. Aux revendications salariales, les travailleurs ajoutent des revendications de dignité (affichage des règlements d’usine précis), d’hygiène dans les locaux industriels et l’exigence de réduction de la durée journalière du travail. L’une
des grèves les plus retentissantes est celle, à majorité féminine, des ovalistes, qui travaillent à la fabrication des fils de soie. Recrutées dans les campagnes environnantes et parmi les immigrantes italiennes, elles se rebellent pour dénoncer leurs conditions de travail et de vie.
Les Armes pour la France
Le 20 juillet 1870, au deuxième jour du conflit franco-prussien, une manifestation pacifiste animée par l’Association Internationale des Travailleurs se déroule dans la Presqu’île de la place des Terreaux à la rue Sala. L’accumulation des défaites militaires françaises conduit le peuple lyonnais à réagir violemment. Le 4 septembre, les insurgés lyonnais s’emparèrent de l’Hôtel de Ville où ils substituèrent le drapeau tricolore et républicain par le drapeau rouge de la révolution et de la résistance. Redoutant une réaction populaire, les autorités laissèrent flotter le drapeau rouge sur le dôme de la maison commune jusqu’au 4 mars 1871. Le 4 septembre, outre l’adoption du symbolique étendard, un comité de Salut Public se mit en place. Le 15 septembre, à la demande du préfet Gambetta, se déroulent des élections municipales. Le but est d’écarter les éléments « populaires » et révolutionnaires, le docteur
Hénon est élu nouveau maire.
Michel Bakounine intrigue dans l’ombre pour faire évoluer le mécontentement populaire lyonnais vers une prise de conscience révolutionnaire. Le 28 septembre, une manifestation revendicative rassemble une foule de 6 à 8000 travailleurs qui réclament le maintien du salaire de leur journée à 3 F et une prime de 1.25 F les jours de pluie où le travail est impossible. Vers midi, une délégation est reçue par le conseil municipal, les pourparlers s’engagent lorsqu’un groupe de conjurés pénètre dans la salle. Les insurgés, dont le plâtrier
Saignes, haranguent la foule du balcon de la mairie. Des affiches sont apparues en ville, proclamant la suspension des tribunaux criminels et civils remplacés par la justice du peuple, la suspension des impôts et des hypothèques remplacés par des contributions prélevées sur les classes riches et la création d’une Convention révolutionnaire du salut de la France.
Les bataillons de la garde nationale descendent place des Terreaux, l’ordre est rétabli le soir.
Michel Bakounine doit s’enfuir à Marseille, mais il pense toujours que « le salut de la France dépend de Lyon ». Quatre mois et demi avant l’apparition de la Commune de Paris, la capitaledes Gaules a été une nouvelle fois à l’avant-poste de la rébellion, montrant l’exemple d’une
ville dont l’identité puise dans son insoumission face aux pouvoirs. Mais les potentialités révolutionnaires de Lyon ont été lourdement hypothéquées et la répression limite les possibilités de reprise du mouvement. Les incidents et les émeutes à Lyon se multiplient, mais il manque une véritable force fédérative pour canaliser les insurgés.
L’échec de la Commune de Lyon (Mars 1871)
Après la révolte parisienne du 18 mars, les émissaires de la Commune de Paris trouvent à
Lyon un potentiel de lutte fort amoindri. Le 22 mars, l’Hôtel de Ville est une nouvelle fois envahi. Avec l’aide d’acteurs du 28 septembre 1870, des membres de l’ex-Comité de Salut
Public, du Comité Révolutionnaire de la Guillotière, du Comité Central de la Garde
Nationale, la Commune de Lyon fut proclamée aux premières heures du 23 et une commission installée. Durant 2 jours, la ville de Lyon vécut à l’heure de la Commune, mais le manque de cohésion des révolutionnaires et la perspective de l’arrivée de troupes militaires de
Belfort venues pour défiler dans le centre de Lyon, calmèrent les ardeurs des insurgés. La fugace Commune de Lyon cessa le 25 novembre à 4 heures du matin, sans éclat et sans bruits.
L’ultime sursaut communaliste de Lyon se produisit le 30 avril avec l’occupation de la mairie de la Guillotière par des gardes nationaux armés qui en interdisaient l’entrée. L’élection des maires des communes de plus de 20 000 habitants ne put se dérouler normalement dans le quartier. Pour parer à l’éventuelle jonction d’un mouvement insurrectionnel de la Guillotière et de la Croix-Rousse, le préfet Valentin fait mettre en état de siège la Presqu’île. Les gardes nationaux refusent de marcher sur le quartier de la Guillotière. Dans l’après-midi, une décision est prise de faire donner la troupe car on érige des barricades Grande-Rue de la
Guillotière. La Croix-Rousse entre en ébullition, une barricade est élevée. Les premiers détachements de l’armée qui arrivent de Perrachent où ils étaient cantonnés, sont noyés par une foule de 20 000 à 25 000 personnes. Les manifestants se dispersent vers 19 H45, les premiers feux de peloton éclatent, les insurgés derrière la barricade répliquent, le préfet est blessé à la cuisse. La bataille dure jusqu’à 23 H, le nombre de morts s’élève à une trentaine de morts. Les militaires font donner l’artillerie pour enfoncer les portes de la mairie et déloger les insurgés qui tirent des fenêtres. Le matin du 1er mai, la révolte est matée.
Une nouvelle fois, le peuple lyonnais s’est soulevé pour ses droits. Une nouvelle fois Lyon est le fer de lance de la résistance française, sous la bannière rouge du socialisme et du patriotisme, elle refuse la défaite de son pays, de son histoire. Les lyonnais se lèvent pour améliorer leur vie et leur travail. Résistance, Rébellion voici l’identité Lyonnaise.
16:15 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rebeyne, La commune de Lyon, 1871, patriote, soulevement, insurrection, peuple lyonnais
29.07.2007
HISTOIRE DE REBEYNE : La première révolte de l'archevêque et l'annexion de Lyon au royaume de France (1310-1312)
L'avènement d'un nouvel archevêque (Pierre de Savoie, 1308-1332) qui veut rendre à l'Eglise de Lyon son ancienne indépendance et qui espère profiter de l'aide de son oncle, le comte de Savoie, entraîne de nouveaux désordres. Les habitants de Lyon se plaignent à Philippe le Bel du nouveau régime que subit la ville. En avril 1310 "les Lyonnais poussés par l'esprit de révolte contre le roi de France Philippe, s'emparent avec violence d'un château du royaume dit de Saint-Just (où résident les sergents du roi), et travaillent avec ardeur à entourer leur cité d'un puissant retranchement". Partie de Saint-Just la révolte atteint le pont de Saône débordant vers Saint-Nizier et Bourg-Neuf. Mais la résistance des Lyonnais est courte. Finalement, le roi et l'archevêque signent le traité de Vienne 9 en avril 1312. L'archevêque cède la souveraineté pleine et entière et la juridiction temporelle sur la cité de Lyon et ses dépendances. Devenue ville royale, Lyon est le siège d'une nouvelle sénéchaussée.
Huit ans plus tard, Pierre de Savoie, le 21 juin 1320, confirme aux Lyonnais leurs usages, franchises, libertés et coutumes" et leur accorde, sinon une vraie autonomie municipale, du moins le droit « de tenir des assemblées, d'élire des conseillers et des consuls pour administrer les affaires communes, des syndics ou procureurs pour défendre leurs intérêts ". La phase politique de la révolution urbaine est donc gagnée.
Quand Lyon rugit, Bruno Benoit, Raymond Curtet
11:30 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rebeyne, Lyon, insurrection, histoire de Lyon, lyonnais
19.07.2007
Histoire de Rebeyne : 1786 La révolte des deux sous
En 1780, un tarif de deux sous par aulne de tissus unis (les plus simples) a été accordé mais les marchands ne le paye pas. Maîtres-ouvriers et compagnons demandent la punition de ceux qui ne respectent pas le tarif, mais en vain. En janvier 1786, les ouvriers en soie adressent au Consulat un nouveau mémoire en réclamant la fixation du tarif car le libéralisme marchand les livre « totalement à la merci du fabriquant ». La misère est extrême, bien que la situation économique se soit momentanément améliorée, les marchands profitent seuls de l’augmentation du volume des commandes. Au début du mois d’août 1786, les ouvriers en soie réunis aux Brotteaux et aux Charpennes appellent à la grève et imposent au Consulat le tarif des deux sous. Les compagnons chapeliers se réunissent aux travaux de Perrache.
L’archevêque de Lyon avait le privilège (Banvin) du 4 au 24 août de percevoir un droit sur les ventes de vin, ce qui provoque la colère des marchands de vin et des cabaretiers. Prudent, dès le 6 août, l’archevêque autorise la réouverture des cabarets.
7 août: grève des ouvriers en soie et des chapeliers.
8 août: malgré l’interdiction du Consulat, les ouvriers en soie réunis aux Brotteaux envoient une délégation chez le prévôt des marchands (Tolozan de Montfort). Le soir, malgré le guet et la compagnie franche du Lyonnais, ils lancent des pierres contre les vitres de l’hôtel du prévôt (rue Puits-Gaillot) et occupent la place des Terreaux. La troupe recule vers les quais de Saône: on compte un mort et sept blessés parmi la foule, un blessé léger parmi les soldats. Effrayé le Consulat « accorde » l’augmentation consentie par les maîtres-gardes de la grande fabrique « Les ouvriers demandent alors une nouvelle réglementation du travai »l. Des chanoines-comtes de Lyon servent de médiateurs. Les autorités, à la différence de leur attitude de 1744, réagissent rapidement. Le procureur interdit aux ouvriers « de s’associer ni de s’attrouper. » Dès le deuxième jour de grève, on fait appel au régiment de chasseurs du Gévaudan en garnison à Tournon. Quelques ouvriers sont arrêtés et jugés de façon expéditive à la prison Saint-Joseph.
Le 11 août, « un ouvrier en soie et un chapelier sont condamnés » à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort s’ensuive « La décision est dictée par la nécessité de l’exemple ».
Le 12 août, l’exécution a lieu place des Terreaux. Plus tard, le chapelier Sauvage, considéré comme chef de l’émeute, est arrêté à Bourgoin alors qu’il cherchait à fuir en Savoie avec l’aide de deux chanoines-comtes.
Maître de la situation le 3 septembre le gouvernement annule les concessions accordées par le Consulat (hausse des salaires) et interdit le tarif jugé « contraire au progrès de l’industrie et à la tranquillité publique ». Cependant, les chanoines et l’archevêque versent une pension aux veuves des condamnés à mort et obtiennent du roi le 13 septembre l’amnistie pour les autres inculpés. La répression, à la différence de 1744, ne met pas fin aux revendications ouvrières. D’août à septembre, l’agitation continue en sourdine, surtout dans la chapellerie. Les ouvriers savent mieux s’organiser. Dans chaque quartier sont désignés des responsables. Des réunions secrètes se tiennent très souvent et pour déjouer la police on change chaque fois de place. Tracts et pétitions circulent dans les ateliers. De leur côté, il est vrai, les maîtres chapeliers en font autant pour résister aux demandes ouvrières. Le Consulat cherche à démanteler les réseaux de résistance. En novembre, un maître ouvrier en soie, Denis Monnet, accusé d’être un conseiller des ouvriers, est arrêté. Il restera en prison deux mois, sous l’accusation decomplot avant d’être relâché.
En 1791, il explique cette Rebeyne de 1786 par « l’honteuse avarice, ou plutôt la cupidité de nombre de marchands fabricants de cette ville (qui) porte le désespoir dans l’âme des maîtres ouvriers qui travaillaient à façon.(…) Ils prirent alors le parti de convenir entre eux que pour vivre en travaillant il ne fallait ouvrer tels ou tels genres d’étoffes qu’au prix qu’ils déterminaient ».
Le maire girondin Vitet, bien que bourgeois, jugeait de même: « N’attendez rien des négociants; ils aiment mieux mourir que de perdre leur argent... ils aiment mieux voir périr leurs femmes et leurs enfants que d’en perdre la plus petite portion. »
22:30 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rebeyne, Lyon, insurrection



